vendredi, août 15, 2008

Le Calamar reprend du service...

J'avoue, je n'ai pas été très prolixe ces derniers temps. Jours? Ou semaines? Non, mois. Rien ne garantit, bien sûr, que le retour ici annoncé du Calamar sera durable. Question de développement. Et, en ces temps de réchauffement climatique, qui sait!
En tout cas, le Calamar est parti déferler sur les plages. De l'Ouest, du Sud-Ouest. Des Landes d'abord. Pas beaucoup de plage, non, mais beaucoup de fête, de bonheur, de musique. Un Monsieur nommé Momo le Dirlo a encore organisé un bien beau festival. On a fait la fête. On a mangé (beaucoup) et bu (pas trop) et dormi (énormément) - euh, je ne suis pas sûr de l'ordre des parenthèses ;-)

Le tout en photo... Ou, si vous préférez, un roman photo!

Voilà, donc, Momo le Dirlo, en pleine action: interview pour la radio. Notez la passion qui l'anime, sa main s'élançant telle celle d'un tribun cherchant à convaincre!

Heureusement, la presse armée non d'un micro, mais d'un appareil photo, était là pour veiller et attraper au vol cette image intense, qui vaudrait des fortunes dans la presse people.

Mais ce n'est pas tout. Car sur un festival, il faut exercer des tâches diverses et variées. L'an passé, il paraît que d'aucune a dû repasser les chemises... et les boxers d'un artiste fameux, cette année, un autre artiste néanmoins fameux, mais moins connu de ce côté-ci de l'Atlantique a donné du fer à repasser, comme d'autres du fil à retordre. Non, rien à coudre, rassurez-vous...

Au passage, regardez ce dos courbé sur la tâche. L'élan du bras pour ne pas commettre le moindre faux plis qui aurait pu être assimilé à un faux pas: le manque de professionnalisme. Ah, il en a de la chance Momo le Dirlo, d'avoir une telle équipe de choc, multi tâches, se répétant sans cesse "c'est quand le bonheur?". Et affirmant, immédiatement, "ben, à Capbreton!". D'ailleurs, le public ne s'y est pas trompé qui est venu nombreux saluer les artistes divers et variés présents.

En tout cas, rassurez-vous, la lingère a survécu à cette oeuvre. Elle a même reçu des remerciements chaleureux de l'Artiste Majuscule pour sa collaboration remarquée à un spectacle réussi. Et oui, n'oublions pas, le Diable se niche parfois dans les détails. Y compris dans les plus petits plis des chemises.

Fin connaisseur du marketing (une formation en marketing politique, peut-être?), Momo le Dirlo avait confié à de splendides créatures les tâches marchandes. Histoire d'attirer le chaland? Sans aucun doute, la preuve par l'image...

L'histoire ne dit pas, cependant, si l'acquéreur, les yeux plongés dans... les titres du Cd, a succombé aux charmes évidents et aux talents oratoires de la Miss Festival!

Si elle est reconduite l'an prochain, gageons que cela signifie que les bénéfices (sur ce poste) furent bons.

Un bon Dirlo ne se promène jamais sans:
a) son portable








b) sa Belle Tendre et Chère...
Obligée, notons-le, de porter de noires lunettes pour éviter d'être poursuivi par de mauvais paparazzis. Seuls les meilleurs ont rarement réussi à fixer son image... Une exclusivité de Calamar, donc.

c) une bande de jeunes (de tous âges)



Tout ce savant cocktail donne un fabuleux festival... Par ici pour avoir plus de détail. D'ailleurs, c'était quand le bonheur? A surfer sur internet, on se dit que c'était bien là-bas, et pas que pour les bénévoles chics et chocs...

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lundi, juin 23, 2008

Danser sur les malheurs de l’Afrique


Dire de Seun Kuti qu’il est, sur scène, comme un poisson dans l’eau relève presque de l’euphémisme. Elle semble son lieu de vie dans lequel il évolue avec une aisance sidérante pour un jeune artiste (vingt-cinq ans) qui vient de sortir son premier album. Il faut préciser que, dès son plus jeune âge, il l’a habitée, la scène, dans les pas de son illustre père, Fela Kuti, roi de l’afro-beat mort il y a onze ans. Vingt-cinq ans, donc, mais déjà une longue carrière.

Il s’en défend pourtant : « Même si j’ai déjà fait le tour de l’Europe sur scène, ma carrière commence avec cet album. » Accompagné d’Egypt 80, l’orchestre fondé par son père, Seun Kuti sort un premier album, Many Things. « J’ai fait ce choix instinctivement, explique-t-il. Cette décision de jouer avec eux est à la fois un hommage et une continuité logique. » C’est reparti, donc, pour l’orchestre Egypt 80 avec, toujours, un Kuti à sa tête. Et, de l’afro-beat, il conserve les rythmes, mais aussi l’engagement. « L’afro-beat n’est pas un genre musical, c’est aussi un mouvement, une musique qui porte un message. »

Ses thèmes d’inspiration ? Son quotidien. « Je vis au Nigeria, je vois ce qui s’y passe tous les jours, comment les gens vivent. Et je ne peux pas y être insensible. Au contraire : ça m’inquiète. » Alors, Seun Kuti saisit la plume pour dénoncer, sur des sons afro-beat, les travers qui polluent l’Afrique : corruption, arnaques, magouilles, trafics sont sévèrement attaqués. Manque de démocratie et défiance à l’égard du système politique sont visés. « Nous n’avons pas d’élection, mais une sélection » : tel est le credo de Seun Kuti. Alors, avec Many Things, la musique se transforme donc en brûlot politique.

Pourtant, l’album fait danser. Sur scène, ils sont seize musiciens. Percussions, instruments à vent, choeur et une voix, puissante, qui fait passer son message. Pendant ce temps, le public, en transe, écoute les malheurs de l’Afrique. L’histoire se répète, dit en substance le chanteur. Sur scène aussi. Mais là, c’est tant mieux.

Disque. Seun Kuti et Fela’s Egypt 80 : Many Things (Tôt ou Tard).

Fabien Perrier

Article paru le 23 juin 2008

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samedi, juin 21, 2008

Le maudit tango de Melingo, génial Argentin

Entretien. Avec l’album Maldito Tango, Melingo, magicien des sonorités, fait le pont entre deux continents, entre poètes d’hier et d’aujourd’hui. Le tango chanté se fait ici chronique sociale.

Notes d’un piano, sons de clarinette, souffles de bandonéon : ces 11 chan- sons puisent aux origines du tango, fruit du mélange des rythmes sud-américains avec ceux venus d’Europe et, surtout, d’Afrique. Ce melting-pot, Melingo l’incarne : du côté paternel, son grand-père était de Thessalonique, en Grèce, sa grand-mère italienne, et du côté maternel, sa grand-mère était basque espagnole et son grand-père mi-autochtone et mi-africain. Avec lui, la descente dans les bas-fonds de Buenos Aires est un véritable bonheur.

Dans votre album, nombreuses sont les allusions aux faubourgs, aux quartiers, aux bas-fonds de l’Argentine. Pourquoi, aujourd’hui, les chanter ?

Melingo. Parce que l’histoire se répète. Certes, on ne danse plus le tango à tous les coins de rue. Mais les bas-fonds, ces quartiers un peu mal famés d’où vient le tango, sont toujours là. La notion de quartier est très importante à Buenos Aires : c’est un peu comme la patrie des habitants.

Dans ces quartiers régnait un esprit canaille. Existe-t-il encore ?

Melingo. Oui. Dans les banlieues de Buenos Aires, cet esprit un peu mafieux avec les petits chefs existe encore ! Cet esprit nous accompagne depuis l’indépendance, et même avant. Plus qu’un esprit, c’est une espèce de fantôme qui pèse sur nous. Alors les autorités ont souvent eu l’intention d’y mettre un terme, mais il semblerait que cette intention ne soit qu’une apparence. Nous gardons l’espoir que ça va s’améliorer, mais les choses ne changent pas.

Dans vos chansons, la police apparaît souvent. Pourquoi lui accorder une telle place ?

Melingo. C’est la plus mafieuse entre toutes ! En Argentine, la police est très militariste. Il y a une longue tradition de répression qui persiste. Une espèce de paranoïa existe toujours dans la population, qui renvoie à d’autres périodes de l’histoire. On pourrait dire qu’il y a des disparus dans la démocratie. Bien entendu, mon intention, dans mes chansons, n’est pas de dire que je suis du côté de la police ! Mais elle s’inscrit dans mes descriptions comme d’autres personnages récurrents. C’est la société, dans toutes ses contradictions impossibles à comprendre !

Il y a justement une chanson sur Montmartre, à Paris. Pourquoi avoir choisi ce texte ?

Melingo. D’abord parce que c’est un texte d’Enrique Cadicamo, un poète que j’admire beaucoup. Il parle du Paris des années vingt, qu’il a découvert avec Gardel. Les paroles de ce poème, au moment où il l’a écrit, décrivent déjà un Montmartre qui n’était plus celui qu’il vivait. D’un Montmartre d’avant les années vingt. Ce poème, ces mots, mélangés à ma musique, l’ont fait se transformer en une chanson. Mais c’est la musicalité de ses mots qui m’a attiré.

Est-ce aussi une façon de montrer l’universalité des quartiers populaires, ce qu’était Montmartre initialement ?

Melingo. Oui, c’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai choisi ce poème. Montmartre, c’est presque le parallèle du quartier de la Boca, à Buenos Aires : un quartier bohème avec beaucoup de peintres, d’immigrés…

Quel est le sens du titre de l’album, « maldito tango » ?

Melingo. Au départ, c’est une expression : « Maudit tango ! ». Mais elle reflète ce que j’ai voulu faire avec cet album. J’ai sélectionné des poèmes anciens, de poètes maudits, et j’ai fait une sorte de parallèle avec les poètes français ou colombiens. J’ai réuni des poètes du lunfardo, la langue des prisonniers, et j’ai essayé de créer une forme de pont imaginaire entre ces poètes.

Sur cet album, le tango moderne croise une critique sociale…

Melingo. C’est une revendication !

Mais vous considérez-vous comme un chanteur engagé ?

Melingo. En fait, je suis une personne engagée à 100 % dans mon travail et j’assume totalement les interprétations que l’on peut faire de mon travail. Je ne me considère pas comme un chanteur ou un musicien engagé socialement, mais plutôt comme un chanteur ou un musicien engagé musicalement, ce qui est d’ailleurs une autre façon d’être engagé socialement. La musique est un moyen de transmettre un message.

Qu’avez-vous envie de défendre ?

Melingo. La pauvreté… Être un chroniqueur, montrer la pauvreté, la faire connaître. C’est le seul travail que je peux faire. Mais je ne veux pas mélanger le pamphlet et l’art.

Vous considérez-vous comme un sociologue en musique ?

Melingo. Non, je ne me considère pas comme un sociologue ! Je suis musicien, poète… Et tout ce que je fais est un jeu de l’inconscient : je prends le mystère de la création, je le mélange avec mes propres connaissances et je vois ce que ça donne. Donc, l’intention de l’album n’est pas sociologique, mais il est vrai que dans mes albums il y a des revendications sociales. Par exemple, dans Se Igual je parle de ceux qui, à Buenos Aires, récupèrent les cartons. Cette chanson est donc une revendication sociale pour eux.

Quelles sont vos influences ?

Melingo. Bien sûr, Carlos Gardel : l’inventeur du tango chanté. Il fut la première icône de chanteur de tango. Son influence transcende ce que l’on pourrait croire à l’extérieur de l’Argentine. En Argentine, on pourrait dire qu’il est un saint. Mais aussi Astor Piazzola : avec lui il y eut une rupture, mais en même temps avec lui la boucle était bouclée. Ou encore, Caceres : c’est un Maître avec une majuscule. C’est dû à ce qu’il transmet, de manière directe comme indirecte. D’un côté, son approche du tango est didactique, de l’autre il a une influence inconsciente sur nous tous.

Melingo : Maldito Tango (Manana-Naïve)
Du 20 juillet au 9 août, Melingo sera en tournée en France (www.danielmelingo.com).
À écouter aussi : Tango Around the World (Putumayou World Music), qui montre la diversité du tango à travers le monde.
Entretien réalisé par Fabien Perrier

Article paru le 21 juin 2008

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vendredi, février 22, 2008

Raul Paz, hors des cases et loin des clichés

En vivo est un opus plein de vie où les cuivres et les percussions renforcent l’atmosphère chaleureuse, souvent entraînante, qui se dégage de chaque album de Raul Paz. Au cours d’un séjour pour quelques concerts à Cuba, l’artiste a enregistré cet album « best of ». Inattendu, tant les clichés qui circulent sur l’île sont nombreux. Qui eût dit, en effet, qu’il puisse s’y produire, lui qui a été persona non grata pendant quelques années ? Et pourtant, il en revient avec cet album ébouriffant. Un comble sans doute, pour ce chevelu poète. Ou alors le témoignage d’une société qui s’ouvre comme le laissent à penser ses commentaires dans le DVD du coffret. Lui qui refuse les cases, en musique comme en politique, semble prouver au moins une chose : l’ouverture musicale est possible. Et si l’art révélait l’état d’une société ?

Pourquoi avoir enregistré ce CD à Cuba ?

Raul Paz. Depuis des années, je représente une certaine cubanité : je fais une carrière européenne en tant que « chanteur cubain ». Or, depuis quinze ans, je n’avais pas pu jouer à Cuba pour différentes raisons. C’était un besoin : fermer la boucle en jouant à la maison. Au même moment, le ministère de la Culture cubaine m’a invité à m’y produire sur scène. J’ai convaincu tout le monde, la maison de disques, le producteur, etc. Un an et demi après, nous y étions !

Vous n’aviez jamais « pu jouer à Cuba, pour différentes raisons ». Lesquelles ?

Raul Paz. Cuba est un pays différent. En général, je n’aime pas trop parler de politique. Quand je suis parti étudier en France, j’ai été considéré comme persona non grata sans savoir pourquoi. Du coup, je suis rentré dans une espèce de « mécanisme diabolique » : d’abord je n’avais plus le droit de rentrer, puis j’ai eu le droit d’y aller en touriste. Et pour ce concert, malgré la proposition du ministre de la Culture, je n’avais pas de permis pour y jouer officiellement. Nous avons dû effectuer des démarches : ça a mis un peu de piment ! En tout cas, je n’allais pas à Cuba pour faire de la politique.

Aujourd’hui, vous y retournez en touriste ?

Raul Paz. Oui ! Mes parents y vivent. Et je peux y aller deux fois dans l’année.

Est-ce pour cela que vous ne voulez pas vous exprimer sur Cuba ?

Raul Paz. Non ! Aujourd’hui, je n’ai pas l’impression de ne pas pouvoir m’exprimer comme je veux. On n’en est plus là ! Mais je ne veux pas rentrer dans une polémique. Depuis cinquante ans, Cuba vit divisé en deux : ceux qui sont pour, ceux qui sont contre. Cette division n’a servi à rien, sauf à faire couler de l’encre aux journalistes ! Ce qui ne nous a pas beaucoup aidés, sinon à nous éloigner chaque fois un peu plus les uns des autres. Tu es bon ou mauvais, pro-Américain ou pro-Fidel… On entre dans des cases que je déteste. Cuba est un pays plein de paradoxes, c’est comme ça qu’il faut le vivre. Ce serait plus honnête de discuter de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas. On nous a enlevé des choses à Cuba, mais on nous en a appris d’autres. J’appartiens, je pense, à une génération qui ne vit plus dans cette polarité « pour ou contre », qui n’en a plus envie.

Quelle est la musique cubaine aujourd’hui ?

Raul Paz. Je suis arrivé en France en pleine « Buena Vista Social Club-mania ». D’une façon un peu rebelle, un peu naïve, j’ai tout fait pour m’en démarquer, pour révéler d’autres facettes musicales de mon pays, pour montrer que j’appartenais à une jeunesse qui avait d’autres façons de voir la musique, hors des cases, de voir la vie même. À Cuba, même si la jeunesse est parfois interdite de certaines choses, elle produit des créations très intéressantes. Au niveau musical, par exemple, La Havane a un festival de rap, un autre de rock. C’est là que j’ai connu la musique électronique faite par des Cubains, à dix-sept ans - en pleine période spéciale, quand c’était le plus dur ! J’ai été accusé de ne pas être cubain, ou pas vraiment cubain. Au début, je ne trouvais pas de maison de disques car je ne représentais pas une image cliché ! Paradoxalement, une maison américaine a signé avec moi à cette époque.

Quels thèmes abordez-vous dans vos chansons ?

Raul Paz. J’aime bien l’image du troubadour qui raconte des histoires, ce que sont la plupart de mes chansons. Je peux parler d’amour comme de solitude, de distance ou de joie… Elles racontent un quotidien qui révèle une façon d’être, de dire les choses avec beaucoup d’ambiguïté. J’aime beaucoup l’ambiguïté. Il n’y a pas une chanson plus ambiguë que Revolucion par exemple. Les pro-Cubains virulents, de France ou d’ailleurs, m’ont un peu accusé de faire une chanson anti-Cuba, et au même moment les Cubains en tournent un clip pour la télé. Ça me plaît que chacun se fasse sa propre idée de l’histoire, comme dans les livres de Cortazar.

La chanson conduit-elle à la réflexion ?

Raul Paz. Elle est un vecteur pour partager, communiquer, débattre et réfléchir. Je suis plus attiré par la réflexion que par le matraquage de ce qu’il faut croire ou pas. Ça m’amuse énormément que les Cubains prennent ma musique comme un acte patriotique et les autres comme un acte anti-cubain. C’est très bien comme cela. En jouant à Cuba, j’ai réussi à atteindre le public. C’est ce qui nous a manqué à Cuba : on nous a toujours enfermés dans des clichés, en tout cas ces dernières années. Nous sommes même parvenus à chanter des chansons comme Marijuana, qui ne parle pas seulement de drogue, mais aussi de la différence entre les êtres, de l’acceptation, etc. Certes, quand ils ont retransmis le concert à la télé, ils ont enlevé cette chanson comme une autre, Policia. Mais nous avons pu les jouer.

Cette censure dont vous parlez n’existe-elle pas dans toutes les sociétés ?

Raul Paz. Évidemment. Y compris dans celles dites des droits de l’homme, libres, etc. Elle est même extrêmement frappante depuis quelque temps. Voilà pourquoi quand il y a censure à Cuba, je ne veux pas l’utiliser et dire « vous voyez, ce sont des méchants ». Je ne suis pas là pour ça, mais pour réunir un maximum de gens, les faire réfléchir, et au moins leur donner un moment de communication pour que chacun fasse sa vie et que chacun ait le droit - qui nous a manqué plus que toute autre chose - de décider d’accepter ou de ne pas accepter.

Un chanteur doit-il être engagé ?

Raul Paz. Pas de la façon dont on l’entend « officiellement », d’un côté ou d’un autre ! Il doit être engagé avec soi-même, avec ce qu’il connaît, ses traditions. Nous ne sommes ni tout blanc ni tout noir, mais pleins de paradoxes. En tout cas, j’essaie d’être honnête avec moi-même.

Album En Vivo - CD-DVD Live, Naïve.

Entretien réalisé par Fabien Perrier

Article paru le 22 février 2008

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vendredi, février 01, 2008

Le b.a.-ba de Samarabalouf

Samarabalouf ! Que cache ce nom qui claque et marque les esprits ? Un joyeux trio composé de François Petit à la guitare, Luc Lambry à la contrebasse et Pierre Margerin à la guitare rythmique. Un trio tout droit venu du pays de Samara (nom latin de la Somme), adeptes du balouf (bal fou en verlan). Et, dans leurs compositions comme sur scène, le combo met le feu, mêlant allégrement jazz manouche au swing musette, flirtant alternativement avec la rumba, la java, le boogie voire le rock. Bref, ils offrent une musique des mélanges, où, jusqu’alors, seuls les instruments déterminaient les sentiments. À l’écoute de leur nouvel opus Bababa, la voix féminine qui vient chatouiller les oreilles avant même que les premiers sons des cordes ne les atteignent est donc inattendue. Quoique. Après avoir coopéré avec Agnès Jaoui et Loïc Lantoine, les trois compères ont rencontré Ange B, des Fabulous Trobadors, et ont eu l’envie « de faire un autre travail, sur la voix, sans chanson ». Défi relevé : le trio continue de « raconter des petites histoires en musique ». Rien n’est dit explicitement, tout est suggéré musicalement. L’émotion passe : humour, amour, amitié, joie, et parfois un brin de nostalgie s’enchaînent. Avec ce Bababa, Samarabalouf démontre que, sur scène comme sur les albums, un groupe peut être artisan de la musique, de A à Z, hors des sentiers battus.

Samarabalouf, Bababa (f2fmusic/L’Autre Distribution). À l’Européen (Paris) jusqu’au 2 février. Autres dates sur www.samarabalouf.com

Fabien Perrier

Article paru le 1er février 2008

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mercredi, décembre 12, 2007

Autant dire la vérité...

J'étais censé préparer un plan de cours, sur 14 séances (Clairounette, je vais avoir besoin de tes Lumières je crois). Puis, j'ai été poké. Sur Facebook. Conséquence du pok, du tac-au-tac, je quitte mes recherches et mon document .doc pour aller faire un tour sur ce site qui devient un tic, voire un TOC. Et toc.
Dans la logique, toujours, d'éviter soigneusement de bosser, inconsciemment, bien sûr, je regarde un peu autour de moi sur le trombinoscope virtuel. Puis je vais sur My Space. Ecoutant Higelin, je vais faire un tour sur les Déferlantes francophones et tout s'enchaîne. Jusqu'à ce que j'arrive sur le site de Julie.
Julie, c'est une adepte de Capbreton. Elle a aussi un TOC: elle ne se balade jamais sans sa caméra et nous chope à la débottée dans des instants parfois incongrus. Genre, danseur de syrtaki. Fin de nuit au micro, voix portée par les élans sans doute alcoolisés. Genre, on se marre bien et toc, c'est comme si elle pokait avec son engin. Julie aime bien la musique aussi. Et elle aime bien aussi Guy-Philippe Wells. Du coup, elle a mis sur son site My Space un morceau de ce jeune chanteur à texte. Et là, c'est malin, je n'ai pas pu me remettre à mes recherches, parce que j'ai aussitôt cliqué sur le My Space de Guy-Philippe. La voix chatouille mes oreilles. Les textes, truffés de jeux de mots, d'une sensibilité extrême, d'une poésie magique inondent mon cerveau. Parfois des frissons traversent la peau, parfois des sourires pointent sur le bout des lèvres. Conclusion? Je suis encore là, à chercher des morceaux en entier sur la planète internet. Car, en ces temps de mondialisation, Monsieur Wells n'est pas encore diffusé en France. C'est triste. Ah la la. Bon, ben, si je n'arrive pas à me lever demain, je dirai "c'est la faute à Monsieur Wells!". Mais ça fait plaisir!

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samedi, novembre 03, 2007

Les Pink Martini sont là

Avouons-le d’emblée : à l’écoute du troisième album Hey Eugene !, la marque Pink Martini est évidente. Il est « sympathique », comme le chantait déjà sur son premier opus ce groupe de joyeux musiciens américains. Il caresse agréablement les oreilles, avec des morceaux qui alternent entre orchestration piano-bar et moments symphoniques. Il semble ancrer dans les années cinquante, qu’il s’agisse des compositions propres ou des reprises de classiques devenus des standarts du genre. Mais, derrière le « déjà-entendu » apparent, les tympans sont titillés par de petites touches inattendues : quelques passages de musique classique insérés, ou un morceau en arabe : Bukra Wba’ do. C’est une chanson égyptienne qui parle de « demain et du jour d’après »… et un clin d’oeil politique. Lorsqu’il était au pouvoir, George Bush père avait qualifié Portland de « petit Beyrouth » en raison de l’importance de son mouvement protestataire. Pour enregistrer ce titre, le groupe s’est donc entouré de 25 habitants de la ville qui reprennent le refrain en choeur. « Si nous avions trouvé une chanson irakienne, c’eût été mieux », affirme Thomas M. Lauderdale, le pianiste, fondateur du groupe. Pour lui, « il est difficile de trouver une ligne claire entre musique et engagement » et « la diversité est un objectif » qu’il veut défendre. Bref, ce CD insuffle la même bonne humeur contagieuse que celle qui se dégageait des deux précédents, en ajoutant quelques points de vue parsemés ici et là.

Sur scène, l’impression ressemble fortement à celle qui découle à l’écoute de l’album. Tout est bien réglé, le spectateur se croit tour à tour attablé dans une petite salle où se produirait une chanteuse à la voix puissante accompagnée de son seul pianiste, ensuite à un concert typiquement « chanson française », ou enfin à une comédie musicale sur Broadway. Selon les morceaux, le groupe évolue en formation réduite ou en orchestre au grand complet. Les lumières jouent parfaitement avec les différents styles de musique. Et, à y regarder de plus près, si la première partie peut sembler un peu lente, la seconde est plus entraînante, presque irrésistible. Les morceaux, réarrangés, donnent une jolie place aux cuivres, la chanteuse fascine par sa présence vocale, et l’ambiance qui gagne la salle contribue à réchauffer les coeurs. Commercial ? Un peu, sans doute. Agréable ? Assurément, car Pink Martini, avec son style sympathique hors du temps, propage sans rougir ses chants d’amour, d’espoir et de fête à travers l’Europe et le monde.

Pink Martini, Hey Eugene !, Naïve (2007).
Tournée en France à partir du 2 novembre (www.pinkmartini.com).
Fabien Perrier
Article paru le 3 novembre 2007

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vendredi, novembre 02, 2007

Véronique Sanson en Champagne

Pour les vingt ans des Nuits de Champagne, la programmation ne pouvait qu’être pétillante. Et sur scène, des bulles de bonheur, il y en aura : des jeunes pousses aux artistes établis, des grands noms de la chanson française, du rock, de la chanson, des Français, des Suisses ou des Québécois… le cocktail promet d’être festif et réjouissant.
À la base, ce festival travaillait sur la voix. Puis l’écriture a pris le pas. À la jonction entre ces deux composantes essentielles de la chanson, une voix à nulle autre pareille sera l’invitée d’honneur : Véronique Sanson. Avec sa plume à fleur de peau, ses mots à fleur de coeur, elle se produira deux soirs consécutifs et, magie en perspective, la puissance de sa voix se mêlera à celle de 900 choristes qui accompagneront ses meilleurs textes et mélodies.
Mais ce moment phare ne doit pas faire oublier la richesse du reste de la programmation : Thomas Fersen, Stéphane Eicher, Daniel Lavoie, Laurent Voulzy, Michel Fugain, Vanessa Paradis, Kolin, Sanseverino, Maurane… longue est la liste des artistes présents qui symbolisent la qualité des textes et des voix. Enfin, ces Nuits de Champagne sont aussi l’occasion de découvrir de jeunes talents : Julie Rousseau, Ours, Skye, Barcella, et Lola Baï pourront se produire un soir durant le festival.

20e festival Nuits de Champagne, à Troyes, jusqu’au 3 novembre. Renseignements au 03 25 40 02 03 ou www.nuitsdechampagne.com.
F. P.
Article paru le 2 novembre 2007

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Youssou N’Dour, militant des causes justes

World . Dans son nouvel album Rokku mi rokka, le chanteur originaire du Sénégal se livre à une analyse de la société africaine, dans ses traditions et sa modernité.Youssou N’Dour sort un nouvel album, Rokku mi rokka (« prendre et donner »), et entame une série de concerts en France et à travers le monde. Cet artiste n’hésite pas à se servir de sa plume pour faire passer un message et livrer son point de vue sur l’état du monde. Rencontre avec un « militant des causes justes ».

Dans ce nouvel album, vous multipliez les références aux traditions. Quel regard portez-vous sur la modernité en Afrique ?
Youssou N’Dour. La société africaine est jeune. Elle a envie d’accéder aux choses modernes. Dans cette société, certaines visions de son peuple ont tendance à évoluer plus rapidement. Mais, dans la société africaine aussi, qui fonctionne d’une manière impressionnante, il y a des gens qui n’ont absolument pas besoin de cette évolution, qui sont vraiment contents. L’Afrique est complexe. Elle a une force : la solidarité. Par exemple, ce Peul que je chante habite dans le village ; il a tout ce qui lui faut et n’a pas besoin de tout ce que nous recherchons souvent, qui symbolise la réussite, l’enrichissement et plein de choses comme ça. Dans cette société, il est important de reconnaître qu’il y a des gens qui vivent simplement.

Dans Sportif, vous portez un jugement sur une société dans laquelle la concurrence est devenue une valeur puissante…
Youssou N’Dour. Le sport pour moi est un jeu. Là, je parle de la lutte, qui incarne la tradition sportive au Sénégal. Elle incarne aussi parfois l’esprit mystique. Mais quand un lutteur populaire perd, la rencontre peut dégénérer. Je chante pour rappeler que ce n’est qu’un sport. Il faut laisser de côté cet esprit de conflit. Tout peut devenir conflit : l’ethnie, la langue… Dans la musique que nous faisons, nous essayons de participer à la cohésion. La musique crée de la cohésion.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Youssou N’Dour. Je ne me souviens pas de comment partent mes notes, mes mélodies ou mes premiers jets de mots. Ça peut arriver n’importe où et n’importe quand. Et il y a un moment où je décide de développer ces idées. J’essaie de faire en sorte que la chanson soit vraiment bien structurée, en adéquation avec les musiciens et les instruments. Ce sont les mots qui nous parlent directement. Ce qui se passe chaque jour, dans notre société, donne des mots : les choses qui me plaisent ou qui me déplaisent. Mais ce n’est pas facile de parler de la société africaine aux Africains, et par la musique.

Votre message dépasse largement l’Afrique !
Youssou N’Dour. L’Afrique se parle d’abord entre elle : je pense que la musique permet aux Africains de se parler, d’avoir un langage. Ensuite, j’ai un message à faire passer aux gens qui ont une vision différente de l’Afrique. J’essaie de leur amener notre vision.

La musique doit-elle porter un message ?
Youssou N’Dour. Je crois que la musique peut porter un message. Par la musique, il peut passer plus rapidement, car on s’en lasse moins, contrairement aux discours que l’on entend une fois ou deux et ça suffit ! Une chanson, si elle a un message, peut vous changer les idées, et être quelque chose qui vous interpelle. Dans la mesure où la musique nous parle chaque jour, je crois qu’elle doit porter un message, pour le faire passer.

C’est revenir à défendre la chanson engagée ?
Youssou N’Dour. Oui. Mais la chanson engagée n’est pas seulement celle qui dénonce. C’est aussi celle qui vit la réalité, celle qui parle avec les gens, qui va dire « oui, ça nous le comprenons, oui, ça nous l’avons perçu ». Ce n’est pas seulement un discours de revendication, elle encourage les choses qui sont bien, dénonce celles qui ne le sont pas.

Chanter essentiellement en wolof, n’est-ce pas une entrave à la compréhension du message ?
Youssou N’Dour. Au début, c’était frustrant de chanter en wolof : je pensais que les gens n’entendaient pas directement ce que je disais. Mais nous chantons mieux dans notre langue. Et le public a aussi les disques et les interviews pour mieux comprendre ce que nous disons. Le français est perçu, chez nous, comme une langue de travail : pour l’école, les administrations… Dès le départ, ce n’est pas la langue que l’on peut utiliser pour parler de la tradition.

Que pensez-vous des déclarations de Nicolas Sarkozy sur « l’homme noir sorti de l’histoire » ?
Youssou N’Dour. Ce discours a été maladroit. L’Afrique a toujours trouvé des solutions à ses problèmes. La colonisation a mis toutes ces solutions dans les tiroirs. Elle nous en a imposé d’autres. Et je ne crois pas que le système mis en place par les colonialistes soit meilleur que le système qu’avaient trouvé nos ancêtres. Il faudrait que Nicolas Sarkozy et tous ceux qui sont dans son état d’esprit sachent qu’avant la colonisation il y a eu des solutions trouvées par nos ancêtres, qui eux aussi étaient des intellectuels. L’Afrique n’a pas besoin de recevoir des leçons de qui que ce soit. Je crois que nous avons nos voix, nos porte-voix pour parler.

Vous êtes ambassadeur de bonne volonté pour l’UNICEF. Comment concevez-vous cette fonction ?
Youssou N’Dour. C’est important que de défendre le droit des enfants, la justice, d’encourager l’UNICEF, cette branche des Nations unies. Cette fonction colle toujours à mon métier, à ma passion : la musique. Les gens comme nous, les artistes et les hommes publics, faisons passer le message rapidement.

Chanteur engagé, ambassadeur pour l’UNICEF, à la tête d’un groupe de presse… Il ne vous reste plus qu’un pas à franchir, celui de la politique ?
Youssou N’Dour. Non, ça ne m’intéresse pas ! Ce n’est pas une vocation, pas une possibilité. Je pense que ce qui est une possibilité, c’est de participer à l’évolution de l’Afrique en général et au Sénégal en particulier. Je pense qu’en Afrique, au Sénégal, d’éminentes personnalités économiques et sociales peuvent jouer des rôles. Mais les rôles des uns et des autres se complètent et je ne me vois pas faire de la politique.

Finalement, vous êtes un artiste militant ?
Youssou N’Dour. Je pense. La musique est une force. Je suis un militant des causes justes.

Entretien réalisé par Fabien Perrier

Un album tout en finesse

Youssou N’Dour nous livre onze chansons qui décryptent l’actualité, analysent la société africaine, s’intéressent à la tradition et à la modernité. Il ouvre les yeux sur le sport et l’usage pervers qui en est fait (Sportif), il décrit les comportements des peuples nomades (Paolo Ardo), qu’il oppose au Toucouleur qui change d’attitude parce qu’il a soudain de l’argent (Sama Gammou). Chantre de la tradition, Youssou N’Dour s’engage incontestablement avec Rokku mi rokka (Prendre et donner) intégralement en wolof.

F. P.

Articles parus le 2 novembre 2007

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jeudi, octobre 04, 2007

Allez savoir pourquoi...

Rude journée aujourd'hui. Ce que je craignais arriva. Ce genre de truc qu'on a pressenti. Et plus on le pressent, en essayant d'y échapper, plus on s'enfonce dedans. Rude journée car la situation fut fort inconfortable.
Je vais donc devoir m'occuper de ce magazine au bord de l'échec... In english, en plus. Autant dire que l'heure à laquelle j'ai pu sauter sur mon petit vélo (oui, je sais Aurél', je dis toujours mon petit vélo)... autant dire, donc, que cette heure fut tardive.
Donc, pour se changer les idées, un peu de musique. C'est tout ce que j'ai à raconter pour ce soir... et ça représente déjà beaucoup.
Ecoutez bien, jusqu'au bout: la chanson porte un beau message. A méditer.

Ah oui, et celle-là aussi:

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mercredi, octobre 03, 2007

A ce rythme...

A ce rythme, je ne vais pas écraser vos yeux sous le poids de mes mots, ni vos oreilles sous la puissance de mes coups de cœur musicaux. Tout ça pour quoi? Pour du boulot. Pour du magazine. Pour des clients. Pour des marques. Triste constat. Mais c'est comme ça.
Pour l'instant, je voudrais quand même donner à voir et à entendre ce que j'ai eu le plaisir de découvrir samedi dernier. Mon Amie La Pieuvre était de passage dans la capitale. Star inconditionnelle d'un Québécois (oui, encore, je sais), elle avait sauté dans le TGV pour voir de ses propres yeux un bonhomme qui habite la scène, qui s'impose devant le Zèbre de Belleville et qui laisse des traces dans les mémoires...
Un côté rock incroyable, mais pas trop star. Un humour avec une pointe d'autodérision. Et surtout, des chansons magiques. Il en a sur tous les thèmes. Bien sûr, l'amour et les peines de cœur. Bien sûr, son point de vue sur l'ordre des choses. Bien sûr, ses souvenirs. Mais il a surtout une telle façon d'agencer les mots et de jouer avec eux comme un jongleur ré-invente l'espace avec ses boules que la découverte du texte semble permanente. Seul en scène avec sa guitare pour unique soutien, il ose. Il avance et le show démarre. Et plus le concert avance, plus ses titres font référence au passé. Jusqu'à se rappeler qu'il aurait voulu être... non, pas un artiste (c'est Charlebois, celui-là... encore un Québécois, je sais, je sais)... non, il aurait voulu être un joueur de hockey. Aujourd'hui, c'est avec sa guitare qu'il marque les esprits. Non? Si si... d'ailleurs, allez voir par là.

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samedi, juillet 07, 2007

De joyeux anciens venus du Québec

Musique. Mes aïeux, un groupe québécois à écouter attentivement et à découvrir sur scène absolument.
Tire-toi une bûche, le nouveau coffret CD-DVD du groupe québécois Mes aïeux, commence par Lettre à ma descendance. Dernière phrase de cette lettre : « Chante, et le Québec ne mourra pas. » Cette introduction situe parfaitement l’univers de Mes aïeux. En 1995, les Québécois sont appelés à se prononcer, par référendum, sur leur souveraineté - autrement dit, leur indépendance vis-à-vis du Canada. Pour la deuxième fois, c’est un échec pour les indépendantistes. « Nous voulions ne pas laisser mourir cette culture québécoise francophone, la célébrer pour avoir du plaisir », explique Stéphane Archambault, le parolier et un des fondateurs du groupe. « Alors nous avons mis ensemble un paquet d’influences musicales québécoises et mondiales, autour de ce ciment qu’est le folklore ». Et ainsi ce qui n’était qu’une bande d’amis grattant quelques airs en soirée va prendre de let jouer dans des bars, puis dans des salles sans cesse plus grandes.
Ils sont aujourd’hui sept à arpenter les routes du Québec et maintenant d’Europe avec leurs airs inclassables. Traditionnels ? Sans doute, mais le qualificatif est restrictif. Folkloriques ? C’est la base de leur travail, mais le mot n’en révèle pas l’étendue et la modernisation qu’ils apportent. Festifs ? Assurément, à en voir les spectacles où les foules sont vite debout à se dandiner sur leurs rythmes divers, du rock au reggae, du flamenco au rap, en passant par des moments plus « trad ». Assurément aussi parce que le groupe joue réellement ses chansons, les interprète au sens littéral du terme. Ils sont dans la droite continuité de leur formation en théâtre, directement perceptible sur scène. Ils osent, se lancent dans des reprises incongrues, travestissent les paroles pour exprimer tout haut ce qu’ils pensent. « J’écris les textes, ça passe par le comité ; et tout le monde doit accepter chacune des phrases, assumer chaque mot dit », précise Stéphane Archambault. C’est peut-être là une des marques de leurs qualités : savoir partir d’une culture commune pour faire passer un message. Car au Québec, « tout ce qui est culturel devient rapidement politique. Le fait d’opter pour le français dans une mer d’anglophonie est un geste de résistance ». Mais leur résistance va plus loin et la portée de leurs propos dépasse largement les frontières de leur contrée.
Dégénérations, par exemple, narre l’évolution d’une famille, sur fond de dénatalité et de montée de l’individualisme - chanson qui leur a permis de se faire remarquer du généticien et philosophe Albert Jacquard. Dans Qui nous mène ? la métaphore maritime est là pour appeler au courage face aux gouvernements qui se laissent submerger par le flot de la mondialisation. Et, enfin, Remède miracle s’en prend avec humour à la surmédication, une chorégraphie délirante accompagnant la prestation scénique. Si Mes aïeux veulent amener les gens à réfléchir et prendre conscience des problèmes de notre société, ils savent que « la chanson doit prétendre être l’étincelle qui met le feu, mais elle n’est pas le feu. L’engagement, c’est sur le terrain social, dans le mouvement ». Entre tradition, réflexion et modernité, Mes aïeux rappellent quelques vérités et allument plein de petites étincelles, dont celles du plaisir des oreilles, de la fête et de la résistance.
(1) Mes aïeux : Tire-toi une bûche (disques Victoire).
En tournée en juillet :
le 13 à Montivilliers, le 14 aux FrancoFolies de La Rochelle, le 15 à Valras, le 17 à Châlons-en-Champagne, le 19 aux FrancoFolies de Spa, le 21 à Cannes et le 22 à Rochefort. Toutes les dates sur le site : http://mesaieux.qc.ca
Fabien Perrier

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Déferlantes à Capbreton

À Capbreton (Landes), les Déferlantes francophones célébreront leur 10e anniversaire, du 18 au 21 juillet inclus. C’est un moment unique où découvrir les nouveautés de la musique francophone d’Amérique du Nord, ou des artistes sensibles à cette question. Au programme cette année : Jacques Higelin, Edgar Borie, Plume Latraverse, La Chango Family, etc.
Renseignements sur le site Internet: www.deferlantes-francophones.com

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vendredi, juin 29, 2007

Le blues résistant de Zachary Richard

Album . Le chanteur louisianais francophone, Zachary Richard, sort Lumière dans le noir, un album lumineux malgré la gravité des thèmes abordés. Rencontre.
Zachary Richard, cinquante-sept printemps et quelques albums (dont le fameux Travailler, c’est trop dur), a profondément été meurtri par l’ouragan Katrina. En français, il exprime ses révoltes et nous parle de ses combats, de la francophonie à l’environnement.
Votre nouvel album est très ancré dans l’actualité.
Zachary Richard. Pour écrire, je suis tributaire de l’inspiration. Il m’arrive qu’un rêve, l’amour ou la peine d’amour, donne une chanson. C’est le cas pour Ma maison étrangère, Mama Luna. Et parfois, il y a des accidents de parcours. Comme quand, à Paris, je vois, dans un documentaire bouleversant, des témoignages des rescapés du génocide rwandais. J’ai transcrit le texte quasiment mot pour mot. Cet après-midi-là, j’avais déjà une mélodie en tête. Alors, j’ai fait Ô Jésus, même si initialement je n’avais pas l’intention d’écrire sur ce sujet. Ensuite, 2005 a été une année très difficile d’où une certaine mélancolie. Enfin, si les mélodies me viennent assez facilement, il m’est plus difficile de trouver un sujet qui mérite que j’en parle. Je deviens de plus en plus exigeant quant au texte. Et je ne suis pas suffisamment prolifique pour abandonner une chanson, même si le sujet est trop lourd !
Vous éprouvez donc le besoin de vous exprimer par la chanson ?
Zachary Richard. Oui, même si c’est d’abord l’émotion qui compte. Quand la chanson peut avoir une ampleur qui dépasse le divertissement, je suis doublement satisfait. Seule m’importe la qualité de la chanson : son texte, sa mélodie, son interprétation et la production qui met le tout en valeur. Le sujet est secondaire. Sur cet album, je parle de sujets durs comme Beyrouth, la pollution, le Rwanda ou l’ouragan Katrina. Mais il y a toujours une lumière dans le noir, dans toutes les épreuves. Je n’ai pas la prétention de penser que grâce à une chanson, on va arrêter le génocide, mais elle est une sensibilisation.
Que représente pour vous la culture francophone ?
Zachary Richard. Je suis américain, anglophone de formation, d’éducation et de culture. Mes grands-parents, qui appartenaient à la dernière génération monolingue francophone de la Louisiane, étaient mon attache à la francophonie. En 1900, 85 % de la population du sud-ouest de la Lousiane était monolingue francophone, en 1950, 50 %, et aujourd’hui moins de 12 %. Alors, par amour pour eux, j’essaye de développer ma maîtrise de la langue française, écris et lis en français. Mais en Louisiane, c’est difficile de faire un achat sans parler anglais.
C’est une lutte quotidienne que de ne pas parler anglais ?
Zachary Richard. Une lutte, oui. Mais pas quotidienne, ce serait bien trop fatigant ! Il y a une volonté réelle de préserver la langue mais, malheureusement, pas beaucoup de moyens. Une question se pose : quels aspects de la culture pourrons-nous transmettre sans la langue ? La culture musicale, la tradition de joie de vivre, une vision du monde typiquement latine, française, un style de vie ? Sans la langue, nous risquons de perdre un grand bout de notre identité. Cette question sera réglée par une prochaine génération.
Que signifie alors le fait de chanter en français ?
Zachary Richard. Je suis francophone militant depuis longtemps. J’appartiens à une minorité : toutes les communautés francophones d’Amérique du Nord, même au Québec, sont dans une situation fragile. Il est tout à fait imaginable que le français disparaisse du Québec d’ici quelques générations. Vivre dans une situation minoritaire renforce notre engagement. En même temps, je suis aussi auteur et compositeur de langue anglaise et fier de l’être. Je vis pleinement là-dedans, sans conflit culturel. En anglais, j’ai beaucoup plus de possibilités d’exprimer une espèce de légèreté. Le français me donne quelque chose que je ne voudrais jamais perdre : une possibilité de résister. Enfin, je veux éviter que cet héritage divague vers le folklore. Le plus grand danger en Louisiane est que l’on devienne des espèces de caricatures de nous-mêmes, avec nos vieilles chansons d’antan. Nous allons tout faire pour empêcher que le rouleau compresseur de la culture américaine nous passe dessus. Dans mes spectacles, y compris à Québec ou en France, je vais toujours chanter un peu en anglais et aux États-Unis, je vais toujours chanter un peu en français.
L’ouragan Katrina a-t-il changé la perception de la question environnementale aux États-Unis ?
Zachary Richard. Malheureusement non ! La classe politique n’a pas osé prendre les décisions qui s’imposent pour sauvegarder la communauté à long terme. On a encore une fois écouté les riches qui en Louisiane sont les compagnies de pétrole et les investisseurs fonciers. En 2005, la vieille ville n’avait aucune goutte d’eau, car elle est située au-dessus du niveau de la mer. Nous continuons à construire en dessous de ce niveau. Avec le réchauffement de la mer, l’élévation du niveau de la mer, nous continuons à faire les mêmes erreurs !
Entretien réalisé par Fabien Perrier

Lorsqu’en 2005, l’ouragan Katrina ravage le sud des États-Unis, Zachary Richard est en pleine écriture. Son disque en porte la marque par un texte, la Promesse cassée, par la participation imprévue à l’album de certains musiciens qui, ayant perdu leur maison, se sont réfugiés chez lui. Inconscient signe prémonitoire, peut-être, certaines de ses chansons déjà prêtes abordaient les questions environnementales et sociales : les ouragans déjà survenus (l’Île dernière), les populations qui résistent à ceux qui veulent les chasser (la Ballade de Jackie Vautour), les bélugas, ces baleines en voie d’extinction (la Ballade de DL-8-153). À l’écoute, l’album semble très construit, comme si les morceaux se répondaient entre eux ; comme si leur auteur voulait dire combien les hommes ont parfois du mal à tirer les leçons de l’histoire. Mais c’est juste une question de hasard. Suffisamment heureux, dans ce malheureux contexte, pour donner un merveilleux opus où se mêlent rythmes country, folk, rock et blues, aux accents jazz ou cajuns, et où apparaissent des invités aussi éclectiques que Francis Cabrel, Sanseverino ou encore Ani DiFranco.
F. P.
Zachary Richard. Lumière dans le noir (Exclaim)/ http://www.zacharyrichard.com/
Articles parus dans l'édition du 29 juin 2007.

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Un talent hors normes

Album. Thomas Hellman illustre la diversité de la scène québécoise.
Il est rare de « lancer » un jeune artiste avec un coffret de deux disques sauf qu’il révèle bien qui est Thomas Hellman. C’est « une idée de la maison de disques pour briser les catégories », explique ce jeune chanteur québécois. « L’idée était de montrer le côté particulier, la dualité de ce que je fais : la rencontre du folk américain et de la chanson française. » Dualité et rencontre : deux mots-clés qui lui sont apparemment bien adaptés. Car Thomas Hellman, né d’un père texan et d’une mère française, semble naviguer dans un entre-deux permanent et séduisant. Entre deux langues, entre deux styles, entre deux continents en quelque sorte. En 2005, il signe un contrat avec le label Justin time au Canada et enregistre l’Appartement, un album presque intégralement en français, premier volume du coffret. Pourtant, alors qu’il était encore étudiant, à plancher sur Beckett, bilinguisme et identité, il commettait bon nombre de ses chansons en anglais. Certaines d’entre elles sont regroupées dans Departure Songs, le second volume. « Au Québec plus qu’en France, les gens sont habitués à parler avec des gens complètement bilingues, dit-il. J’ai vraiment deux langues maternelles, deux outils de création que j’utilise comme deux instruments de musique, en fonction de la chanson, en fonction de l’inspiration. » Or tout l’inspire, avoue-t-il. Ses paroles le reflètent bien : de la fille d’à côté à la déception amoureuse, des saisons à sa grand-mère, tout y passe. Sur des rythmes variés, folk, ballades, country, chanson française tendance « nouvelle scène », il croque son quotidien, avec talent et humour. Sur scène, il mélange les mêmes ingrédients : bilinguisme, reprises inattendues de classiques et autodérision. Un bel exemple de la diversité musicale québécoise à découvrir, au gré de ses envies : on y trouve toujours une mélodie à piocher, une nouvelle à écouter, un univers dans lequel s’engouffrer.
Thomas Hellman, L’Appartement - Departure Songs (Harmonia Mundi).

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vendredi, juin 22, 2007

« La France, dans sa diversité, est un acquis irréversible »

Album. Avec la France des couleurs, Idir livre une réflexion musicale sur le pays. Un produit aussi surprenant qu’indispensable.
Le signe distinctif des grands créateurs, c’est peut-être de surgir et de ravir là où on ne les attend pas. Cela vaut aussi en musique. 1973 : le Kabyle Idir se fait connaître en chantant A Vava Inouva, une belle berceuse sur l’exil et la terre natale, qui va faire le tour du monde. Quelques albums et prises de position plus tard, Idir crée de nouveau la surprise en 1999 : il s’entoure de chanteurs d’horizons divers (Maxime Le Forestier, Manu Chao, etc.) qui enregistrent avec lui ses chansons ou des compositions nouvelles sur un très bel album, Identités. Entre tradition et modernité, l’opus présentait une réflexion musicale sur les mélanges, les rencontres, les évolutions qui constituent et façonnent les identités.
Quelle innovation pouvait donc trouver maintenant celui que les médias hexagonaux surnomment tour à tour « le sage », « le phénomène de la musique » voire « la figure du commandeur » ? Tout simplement, émouvoir en chantant que « la France des couleurs défendra les couleurs de la France », phrase qui a donné son titre au CD et qui revient en leitmotiv dans cet album-concept. « En musique, j’ai voulu dire merci à ce pays qui m’a adopté », explique Idir. Et de poursuivre : « À l’heure où l’on mêle immigration et identité nationale, où l’on propose de mettre des drapeaux pour affirmer que l’on est français, je fais passer l’idée que la France d’aujourd’hui, dans sa diversité, est un acquis irréversible. » Ce point de vue, sa musique le reflète. Diversité des rythmes d’abord : rap, slam, pop, chanson, reggae ou R’n’B sont les ingrédients de ce savoureux cocktail mélodique. Mélange des langues ensuite : français, kabyle ou langues africaines offrent des sonorités variées. Brassage des générations et éclectisme dans le choix des artistes, encore : de Tiken Jah Fakoly à Grand- Corps Malade en passant par Jean-Jacques Goldman, Nâdiya, Leslie, Disiz la Peste, ou Yannick Noah, ce sont plus d’une trentaine d’artistes qui viennent mêler leurs voix ou leurs instruments à ceux d’Idir. Étonnement enfin, dans la France des couleurs, avec la participation de Zinedine Zidane et de quelques autres joueurs de l’équipe de France de 1998. « La victoire de la Coupe du monde a été une parenthèse, mais elle a donné un élan irréversible à la France d’aujourd’hui. Ces joueurs continuent à donner l’exemple de cette France unique, et peut-être que la France des couleurs a été inspirée inconsciemment de ce que cette équipe a offert au pays », justifie le chanteur. Entre hommage à cette France de la diversité et dénonciation de certaines pratiques comme les expulsions (dans Mama : « Ma terre a expulsé mon père [...] mais qu’a fait l’homme du ministère »), ce petit joyau de dix-sept titres hautement symboliques constitue presque un manifeste politique. Sourire aux lèvres, Idir rétorque : « C’est la raison pour laquelle je n’ai pas voulu qu’il sorte pendant la campagne. » Mais il reconnaît que « l’artiste est un témoin de son temps. C’est la main qui peut caresser, le doigt qui peut accuser, la posture dans laquelle il peut déplorer voire condamner des choses ». Avec la France des couleurs, il fait passer un message riche et généreux. Il y a des sages que l’on devrait plus écouter... et plus entendre.
CD : La France des couleurs. Idir, Sony BMG.

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jeudi, juin 21, 2007

La Complainte des Forestiers...

C'est une complainte et une réflexion, celle de ces forestiers d'Amérique du Nord. C'est une réflexion en chanson. Qui déferle depuis dix ans sur les plages de Capbreton. Et qui déferle parfois dans les pages des meilleurs journaux. Comme ici, ou là. Qui déferle aussi sur le net, bien sûr, et vous n'avez que l'embarras du choix: un petit clic par-ci, un autre par-là, à moins que vous ne préfériez ici ou encore . Ou enfin, une petite recherche Google. Voilà ce que ça donne: "Résultats 1 - 10 sur un total d'environ 21 900 pour déferlantes francophones". IN-CON-TOUR-NA-BLE. Tel est le mot.
Tout ça pour vous donner un avant-goût de ce qui va se passer bientôt... Répétons. Un festival, c'est un paquet d'ingrédients amoureusement choisis et mélangés. Une dose de bonne humeur. Et un paquet d'humour. Le tout dans l'harmonie. Un peu comme un journal finalement. Je vous invite de nouveau à acheter celui dont l'image apparaît (ci-après) parce que l'interview avec les Têtes raides vaut vraiment le coup... Sans compter le reste! Chanson, réflexion et politique sont-elles étroitement mêlées?
J'aurais tendance à penser que oui. Que la chanson est un vecteur accessible à tous et qu'elle porte des messages directement compréhensible. Qu'elle fait passer les plus beaux messages, les joies comme les peines. Qu'elle fait penser en sussurant aux oreilles. A vous d'écouter, et de juger.

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vendredi, juin 15, 2007

Splendide utopie mise en tango

Argentine. Le nouvel album de Juan Carlos Caceres, Utopia, est une étape supplémentaire dans l’histoire du tango qu’il explore au fil de ses albums.
Ne parlez pas du "tango traditionnel" à Caceres. Ne lui dites pas non plus qu’initialement, le tango se dansait entre hommes. L’artiste vous rétorquera, un brin agacé, "des idées reçues !", avant de leur tordre le coup avec ferveur.
"À l’origine, cette musique est un métissage spontané produit par différents peuples qui se sont rencontrés sur les bords du Rio de la Plata : "des anciens" d’Amérique du Sud, des migrants d’Europe - carbonari italiens, communards français - des esclaves noirs." Et de poursuivre : "Le tango dansé apparaît avec les danses de couple européennes, comme la valse. Dans les faubourgs, des gens vont se retrouver pour danser sur n’importe quel rythme. Les Blancs vont épier et copier les danseurs noirs. Face à la concurrence, à l’agilité et à la grâce des Noirs, les hommes dansaient parfois entre eux pour s’entraîner et ne pas faire mauvaise figure" face aux femmes.
Déconstruire les clichés comme "l’image officielle et commerciale" du tango, expliquer qu’il n’y a pas d’histoire linéaire et simple, voilà ce qui lui tient à coeur. Et l’Argentin Juan Carlos Caceres, débarqué à Paris en mai 1968, s’y emploie de tout son art, de tous ses arts plus exactement : historien, peintre, musicologue, musicien et chanteur, professeur et conférencier
enfin, tout est bon pour "passer un message". "À travers la continuité de mes CD, je raconte l’histoire oubliée, voire niée", explique-t-il. Celle qui sort de l’histoire officielle et qui intègre la critique sociale.
Avec son nouvel opus, Utopia, le chanteur, pianiste et joueur de trombone fait une musique populaire et le revendique. Il s’inspire de la murga, genre musical qui régnait dans les fêtes populaires de rue nées au XIXe siècle en Amérique du Sud ; les gens y défilaient en cortège, en chantant et en dansant ensemble. "C’est une grande tradition d’une certaine partie du tango", interdite pendant la dictature argentine, mais qui renaît aujourd’hui, "depuis 2001, comme contestation de la mondialisation". Utopia arrive donc à point nommé. "Par les temps qui courent, il y a un boulevard pour l’utopie, précise Caceres, il faut aller au fond des choses." Lui le fait sur les différents rythmes du tango : milonga, candombe et habanera. Son album est une référence à cette histoire reniée de l’Argentine, un regard sur le passé et ses liens avec le présent, et "comme toujours un constat" sur le monde qui l’entoure. "J’utilise le contexte historico-social de l’Argentine ; il n’est pas du tout local mais universel." Ainsi, Caminando est le fruit d’une promenade qu’il effectuait sur une avenue de Buenos Aires, massacrée aujourd’hui, d’où le "Petit Café", lieu de sa jeunesse, a disparu pour laisser place aux boutiques de luxe dont il se moque. Buenos Aires rappelle là bien d’autres capitales. Son Tango Negro est une touche d’humour : après ses concerts, les spectateurs lui disaient que sa musique était "antidépressive". En chanson, il invite donc à remplacer les "pilules" par le tango. Il met du baume au coeur et dépasse largement l’image traditionnelle, préfabriquée dont cette musique souffre. Au son du piano, des flûtes, des clarinettes, des cuivres et des grosses caisses de fanfare, Caceres a réussi, en tout cas, à réaliser une superbe Utopia.
Caceres, Utopia (Manana/Naïve).
Caceres participe au Gotan Project : Lunatico (Barclay-Universal).
Toutes les dates de concert sur :
http://www.mananamusic.com/
Fabien Perrier
Article paru dans l'édition du 15 juin 2007.

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mardi, juin 12, 2007

Étonnants Voyages en Tziganie

Festival. Cette huitième édition, et la sortie d’un coffret CD-DVD, nous montre les diversités de la musique manouche.
Du 13 au 16 juin, à la Bellevilloise (Paris), le festival Voyage en Tziganie fêtera ses huit printemps autour d’une dizaine d’artistes. Faire connaître la diversité de la musique tsigane est, depuis l’origine du festival, le mot d’ordre qui guide les choix du programmateur, Sacha Obradovic. Étonnant voyage en quatre soirées où découverte rime avec fête, où la nouvelle scène rencontre les légendes, où les rythmes s’entrechoquent.
Le premier soir, la musique des juifs nomades d’Europe de l’Est sera à l’honneur avec l’Amsterdam Klezmer Band et le Freylekh Trio. Sur leur dernier album, Yiddish et Yallah ! (allons-y, en arabe), les trois musiciens ont réuni des invités originaires des quatre coins du monde pour un melting-pot musical où la musique ashkénaze côtoie savoureusement le jazz, le rock, mêlant les rythmes arabisants et africains. Colorations balkaniques, le deuxième soir, avec le disco de Besho Drom et les chants d’Emigrante - Erika Serre. La voix tour à tour profonde et douce de Norig introduira la troisième soirée, au cours de laquelle flamenco, tango et jazz manouche fricoteront pour dévoiler une Tziganie moderne et éclectique. De la musique manouche au hip-hop, au funk ou à l’electro, il peut n’y avoir qu’un pas qui sera franchi le samedi 16 : les rockeurs de La Caravane Passe, la fanfare serbe Slonovski Bal, les DJ Tagada et Gaetano Fabri seront à l’honneur pour clôturer le festival et faire danser les spectateurs.
Bref, loin d’être enfermée dans un carcan, la Tziganie sait assimiler différentes influences musicales et « dépasser les poncifs », comme le revendiquent Vladimir Toporoff et Xavier Marga, du label Tzig’Art. Alors, à l’occasion de cette huitième édition du festival, ils sortent un petit joyau, Voyage en Tziganie. Terminus, qui regroupe des morceaux de Bratsch, des Yeux Noirs, O’Djila, etc.. Enregistré au cours du festival de 2006, ce troisième volume de la collection comporte un CD et un DVD et donne un bon aperçu de cette mixité musicale manouche comme de l’ambiance qui règne dans ces soirées festives.
Lieu : la Bellevilloise, 19-21, rue Boyer, Paris 20e. http://festival.tzigart.com/
Quelques références :
Voyage en Tziganie, Terminus, Tzig’Art/L’Autre distribution
Norig, Gadji, Tzig’Art/L’Autre distribution
Le Freylekh Trio, Yiddish et Yallah, MusiKaKtion
Slonovski Bal, Dzumbus, Bal Bazar/L’Autre Distribution.
Fabien Perrier
Article paru dans l'édition du 12 juin 2007.

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vendredi, juin 08, 2007

Une étoile africaine à Paris

Gabon. Annie-Flore Batchiellilys veut faire de l’Olympia un haut-parleur pour son pays et l’Afrique en rejetant les musiques uniformisées.
« Je veux m’emparer du haut-parleur qu’est l’Olympia ! » Cette phrase, Annie-Flore Batchiellilys, chanteuse d’origine gabonaise, ne cesse de la répéter sur scène ou en entretien. Il faut dire que « l’étoile montante de la scène gabonaise » a des opinions et les fait entendre. Ambassadrice de bonne volonté pour l’UNICEF, chanteuse pour qui la chanson doit « porter un message », créatrice du festival des nuits atypiques de Mighoma, son village natal, elle saisit toutes les occasions pour dire ce qu’elle pense. Amour, partage et paix sont les valeurs qu’elle prône ; critique acerbe de la place de l’argent dans la société et dénonciation explicite d’un système politique rongé par la corruption - reviennent régulièrement dans sa bouche, qu’elle parle de son pays ou qu’elle le mette en musique. Quitte, d’ailleurs, à ce que ça lui pose quelques problèmes. Ainsi, quand elle attaque la corruption ancrée dans les moeurs, ses concerts sont peu à peu déprogrammés. Ainsi, quand elle souhaite produire son quatrième album, aucune banque ne veut lui prêter un centime. Même si elle était « à deux doigts d’être découragée », cela ne pouvait suffire à la faire taire !
Au cours d’une émission de télévision, l’étoile explique qu’elle veut filer à Paris produire un quatrième album. Son pays la soutient, achetant le disque en souscription, récoltant les fonds nécessaires auprès de sponsors et de mécènes. Ce retour en France - elle y a déjà vécu treize ans et est française par alliance - lui donne des ailes. Elle se lance dans la création d’un label et son spectacle au New Morning à Paris est un véritable succès. Elle qui chante souvent les yeux fermés, envoûte la salle de sa voix chaude et puissante, sur des rythmes traditionnels auxquels se mêlent des accents jazz, le français ou le punu, sa langue natale. « C’est bien si la musique fait danser... Mais je veux réveiller les consciences. » Sur scène, elle réveille les foules. Et elle semble avoir gagné son pari : le 21 janvier, c’est de l’Olympia qu’elle lancera son cri, déterminée à faire entendre sa différence, à faire connaître l’âme du Gabon et à lutter contre une musique uniformisée.
Prochain concert le 3 juillet à 21 h 30 au Petit Journal Montparnasse (Paris 14e).
Internet : http://www.afbmusicgabon.com
Fabien Perrier
Article paru dans l'édition du 8 juin 2007.

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