vendredi, décembre 21, 2007

Le duo s’est fait écho

Deux personnages arrivent sur scène et captivent d’emblée l’attention des petits comme des grands présents dans la salle du Théâtre Antoine-Vitez à Ivry (Val-de-Marne). Étonnant ? Moins que le spectacle en lui-même ! Car ces deux personnages semblent aux antipodes l’un de l’autre. L’un, grand, Vincent Berhault, vient avec ses balles, l’autre, Adnan Joubran, plus petit, se présente avec son oud. L’un est breton, l’autre est originaire de Palestine. Quand le premier joue avec les éléments et s’amuse de l’attraction terrestre, l’autre rigole des sons qui proviennent de son oud et des vibrations de ses cordes. Et pourtant, ces deux univers différents, ces deux arts gracieux se rencontrent, semblent se répondre et entrent en osmose au fil de la création. Avec leurs sons, leurs mouvements, leurs rythmes, les deux artistes semblent réinventer le temps et l’espace scénique, très habités bien que les seules présences qui l’habitent sont les deux compères et leurs instruments. Bref, magie, facétie et poésie résument le travail qui les rejoint.

Ce métissage culturel, artistique et sonore, cher à Leïla Cukierman, directrice de la création du Théâtre Antoine-Vitez, résulte bien sûr de la rencontre entre les expériences et les personnalités de ces deux hommes. Mais si la musique et le jonglage se complètent si bien, c’est aussi grâce à la mise en scène de Kên Higelin. Il a su arranger deux arts souvent méconnus, voire méprisés. Oud et jonglage sont pourtant deux arts ancestraux qui trouvent ici une nouvelle jeunesse. S’écouter et se regarder, apprécier ces va-et-vient entre le passé et le présent, sortir des machines artistiques convenues, voilà qui fait du bien.

Jusqu’au 23 décembre au Théâtre d’Ivry.

Fabien Perrier

Article paru le 21 décembre 2007

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samedi, novembre 03, 2007

Les Pink Martini sont là

Avouons-le d’emblée : à l’écoute du troisième album Hey Eugene !, la marque Pink Martini est évidente. Il est « sympathique », comme le chantait déjà sur son premier opus ce groupe de joyeux musiciens américains. Il caresse agréablement les oreilles, avec des morceaux qui alternent entre orchestration piano-bar et moments symphoniques. Il semble ancrer dans les années cinquante, qu’il s’agisse des compositions propres ou des reprises de classiques devenus des standarts du genre. Mais, derrière le « déjà-entendu » apparent, les tympans sont titillés par de petites touches inattendues : quelques passages de musique classique insérés, ou un morceau en arabe : Bukra Wba’ do. C’est une chanson égyptienne qui parle de « demain et du jour d’après »… et un clin d’oeil politique. Lorsqu’il était au pouvoir, George Bush père avait qualifié Portland de « petit Beyrouth » en raison de l’importance de son mouvement protestataire. Pour enregistrer ce titre, le groupe s’est donc entouré de 25 habitants de la ville qui reprennent le refrain en choeur. « Si nous avions trouvé une chanson irakienne, c’eût été mieux », affirme Thomas M. Lauderdale, le pianiste, fondateur du groupe. Pour lui, « il est difficile de trouver une ligne claire entre musique et engagement » et « la diversité est un objectif » qu’il veut défendre. Bref, ce CD insuffle la même bonne humeur contagieuse que celle qui se dégageait des deux précédents, en ajoutant quelques points de vue parsemés ici et là.

Sur scène, l’impression ressemble fortement à celle qui découle à l’écoute de l’album. Tout est bien réglé, le spectateur se croit tour à tour attablé dans une petite salle où se produirait une chanteuse à la voix puissante accompagnée de son seul pianiste, ensuite à un concert typiquement « chanson française », ou enfin à une comédie musicale sur Broadway. Selon les morceaux, le groupe évolue en formation réduite ou en orchestre au grand complet. Les lumières jouent parfaitement avec les différents styles de musique. Et, à y regarder de plus près, si la première partie peut sembler un peu lente, la seconde est plus entraînante, presque irrésistible. Les morceaux, réarrangés, donnent une jolie place aux cuivres, la chanteuse fascine par sa présence vocale, et l’ambiance qui gagne la salle contribue à réchauffer les coeurs. Commercial ? Un peu, sans doute. Agréable ? Assurément, car Pink Martini, avec son style sympathique hors du temps, propage sans rougir ses chants d’amour, d’espoir et de fête à travers l’Europe et le monde.

Pink Martini, Hey Eugene !, Naïve (2007).
Tournée en France à partir du 2 novembre (www.pinkmartini.com).
Fabien Perrier
Article paru le 3 novembre 2007

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vendredi, novembre 02, 2007

Véronique Sanson en Champagne

Pour les vingt ans des Nuits de Champagne, la programmation ne pouvait qu’être pétillante. Et sur scène, des bulles de bonheur, il y en aura : des jeunes pousses aux artistes établis, des grands noms de la chanson française, du rock, de la chanson, des Français, des Suisses ou des Québécois… le cocktail promet d’être festif et réjouissant.
À la base, ce festival travaillait sur la voix. Puis l’écriture a pris le pas. À la jonction entre ces deux composantes essentielles de la chanson, une voix à nulle autre pareille sera l’invitée d’honneur : Véronique Sanson. Avec sa plume à fleur de peau, ses mots à fleur de coeur, elle se produira deux soirs consécutifs et, magie en perspective, la puissance de sa voix se mêlera à celle de 900 choristes qui accompagneront ses meilleurs textes et mélodies.
Mais ce moment phare ne doit pas faire oublier la richesse du reste de la programmation : Thomas Fersen, Stéphane Eicher, Daniel Lavoie, Laurent Voulzy, Michel Fugain, Vanessa Paradis, Kolin, Sanseverino, Maurane… longue est la liste des artistes présents qui symbolisent la qualité des textes et des voix. Enfin, ces Nuits de Champagne sont aussi l’occasion de découvrir de jeunes talents : Julie Rousseau, Ours, Skye, Barcella, et Lola Baï pourront se produire un soir durant le festival.

20e festival Nuits de Champagne, à Troyes, jusqu’au 3 novembre. Renseignements au 03 25 40 02 03 ou www.nuitsdechampagne.com.
F. P.
Article paru le 2 novembre 2007

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mercredi, octobre 03, 2007

A ce rythme...

A ce rythme, je ne vais pas écraser vos yeux sous le poids de mes mots, ni vos oreilles sous la puissance de mes coups de cœur musicaux. Tout ça pour quoi? Pour du boulot. Pour du magazine. Pour des clients. Pour des marques. Triste constat. Mais c'est comme ça.
Pour l'instant, je voudrais quand même donner à voir et à entendre ce que j'ai eu le plaisir de découvrir samedi dernier. Mon Amie La Pieuvre était de passage dans la capitale. Star inconditionnelle d'un Québécois (oui, encore, je sais), elle avait sauté dans le TGV pour voir de ses propres yeux un bonhomme qui habite la scène, qui s'impose devant le Zèbre de Belleville et qui laisse des traces dans les mémoires...
Un côté rock incroyable, mais pas trop star. Un humour avec une pointe d'autodérision. Et surtout, des chansons magiques. Il en a sur tous les thèmes. Bien sûr, l'amour et les peines de cœur. Bien sûr, son point de vue sur l'ordre des choses. Bien sûr, ses souvenirs. Mais il a surtout une telle façon d'agencer les mots et de jouer avec eux comme un jongleur ré-invente l'espace avec ses boules que la découverte du texte semble permanente. Seul en scène avec sa guitare pour unique soutien, il ose. Il avance et le show démarre. Et plus le concert avance, plus ses titres font référence au passé. Jusqu'à se rappeler qu'il aurait voulu être... non, pas un artiste (c'est Charlebois, celui-là... encore un Québécois, je sais, je sais)... non, il aurait voulu être un joueur de hockey. Aujourd'hui, c'est avec sa guitare qu'il marque les esprits. Non? Si si... d'ailleurs, allez voir par là.

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mardi, juin 12, 2007

Étonnants Voyages en Tziganie

Festival. Cette huitième édition, et la sortie d’un coffret CD-DVD, nous montre les diversités de la musique manouche.
Du 13 au 16 juin, à la Bellevilloise (Paris), le festival Voyage en Tziganie fêtera ses huit printemps autour d’une dizaine d’artistes. Faire connaître la diversité de la musique tsigane est, depuis l’origine du festival, le mot d’ordre qui guide les choix du programmateur, Sacha Obradovic. Étonnant voyage en quatre soirées où découverte rime avec fête, où la nouvelle scène rencontre les légendes, où les rythmes s’entrechoquent.
Le premier soir, la musique des juifs nomades d’Europe de l’Est sera à l’honneur avec l’Amsterdam Klezmer Band et le Freylekh Trio. Sur leur dernier album, Yiddish et Yallah ! (allons-y, en arabe), les trois musiciens ont réuni des invités originaires des quatre coins du monde pour un melting-pot musical où la musique ashkénaze côtoie savoureusement le jazz, le rock, mêlant les rythmes arabisants et africains. Colorations balkaniques, le deuxième soir, avec le disco de Besho Drom et les chants d’Emigrante - Erika Serre. La voix tour à tour profonde et douce de Norig introduira la troisième soirée, au cours de laquelle flamenco, tango et jazz manouche fricoteront pour dévoiler une Tziganie moderne et éclectique. De la musique manouche au hip-hop, au funk ou à l’electro, il peut n’y avoir qu’un pas qui sera franchi le samedi 16 : les rockeurs de La Caravane Passe, la fanfare serbe Slonovski Bal, les DJ Tagada et Gaetano Fabri seront à l’honneur pour clôturer le festival et faire danser les spectateurs.
Bref, loin d’être enfermée dans un carcan, la Tziganie sait assimiler différentes influences musicales et « dépasser les poncifs », comme le revendiquent Vladimir Toporoff et Xavier Marga, du label Tzig’Art. Alors, à l’occasion de cette huitième édition du festival, ils sortent un petit joyau, Voyage en Tziganie. Terminus, qui regroupe des morceaux de Bratsch, des Yeux Noirs, O’Djila, etc.. Enregistré au cours du festival de 2006, ce troisième volume de la collection comporte un CD et un DVD et donne un bon aperçu de cette mixité musicale manouche comme de l’ambiance qui règne dans ces soirées festives.
Lieu : la Bellevilloise, 19-21, rue Boyer, Paris 20e. http://festival.tzigart.com/
Quelques références :
Voyage en Tziganie, Terminus, Tzig’Art/L’Autre distribution
Norig, Gadji, Tzig’Art/L’Autre distribution
Le Freylekh Trio, Yiddish et Yallah, MusiKaKtion
Slonovski Bal, Dzumbus, Bal Bazar/L’Autre Distribution.
Fabien Perrier
Article paru dans l'édition du 12 juin 2007.

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samedi, juin 02, 2007

Delerm célèbre sa der des ders...

Dans la catégorie des endurants scéniques, des immaîtrisables, des généreux, le premier nom qui vient en tête, c'est Higelin, prêt à chanter pendant des heures quand, moment magique, une véritable communion existe entre la scène et le public. Dans la catégorie des modèles de la "nouvelle scène", le nom d'Higelin, encore lui, est très souvent répété. Mais entre avoir un modèle, et en prendre le meilleur, il y a une marge, parfois un gouffre. Hier soir, à l'Olympia, on n'était pas déçu. Loin de là. Surprise. Beauté. Humour. Plaisir. Tels sont les mots qui s'imposent. Le concert de Delerm était fabuleux. Tout en humour, tout en générosité. Il commence par une projection. Sourires puis rires dans la salle avec ce film de vacances. Le rideau blanc tombe, les premières notes des Piqûres d'araignée retentissent sous un tonnerre d'applaudissements. Tout cela a un petit côté brechtien, inversé dans un certain sens. Brecht, dans ses pièces de théâtre, introduisait des morceaux de musique, des sons inattendus, des portes qui claquent, des passages drôles dans une triste réflexion, comme effets de style: ses fameux "effets de distanciation". Dans son concert, Delerm introduit des projections, raconte des anecdotes, plaisante, s'amuse et amuse. Qui n'avait pas vu ce concert à la Cigale en novembre dernier ne pouvait s'attendre à tant de mise en scène subtile, à un spectacle aussi construit. Qui révèle le travail de Delerm et de sa jolie bande de musiciens. Ni s'attendre aux petites surprises. Irène Jacob vient, pour un duo charmant, du tout premier album. Delerm joue au chef d'orchestre sur un karaoké avec Mes parents, le titre qui l'a fait connaître... Autodérision et distanciation encore. Alors, en fin de concert, envoûté, le public n'a pas envie qu'il parte. Premier bis: il enchaîne trois chansons. Dont une première, surprise encore, avec Jean Rochefort sur Félicie aussi. Deuxième bis: il en reprend deux. Troisième bis: il s'y colle de nouveau. Assis - debout - assis -debout. Le public est enthousiasmé. Cette fois, c'est la fin. Pas du tout! Il revient, seul. Et comme c'est le dernier concert, pas question de terminer seul. Ses musiciens le rejoignent, qui étaient déjà dans les loges, à se changer. Combien de fois est-il revenu exactement, acclamé à juste titre? Impossible de se le rappeler. Ceux qui ont cru que le concert était terminé, qui sont partis après les saluts le regretteront, car ils ont manqué la der des ders. Finie la tournée. Dommage, car on voudrait bien en redemander! Au rang des endurants scéniques, des généreux artistes, et des drôles de chanteurs, on sait maintenant qui ajouter.
Il faisait si beau à l'Olympia hier soir :-)

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vendredi, juin 01, 2007

Évasion cap-verdienne

Festival. Jusqu’à la fin de la semaine, la musique du Cap-Vert est à l’honneur à Paris. Découvertes et coups de coeur assurés.

Du Cap-Vert, on sait bien souvent que c’est une république située dans l’océan Atlantique, constituée de dix îles et de cinq îlots. Un pays de contrastes, où les plages côtoient les volcans, où le développement économique est récent, la pauvreté encore grande. On en connaît surtout son ambassadrice hors pair, celle dont la voix chante son « petit pays » au-delà ses frontières : Cesaria Evora. C’est elle, justement, qui parraine la semaine du Cap-Vert qui a lieu à Paris jusqu’au 3 juin. Organisée par différentes institutions en lien avec le Cap-Vert (dont l’ambassade, un club d’entrepreneurs, des associations), cette semaine a une double vocation : montrer la « diversité culturelle » qui règne dans ce pays, et « contrecarrer l’idée d’un Cap-Vert à vendre », selon Elizabeth Moreno, présidente du Cabo Business Club, comme se plaisent à le faire croire certains médias.
Pendant une semaine, littérature, peinture, danse, musique et artisanat cap-verdiens sont à l’honneur. La diversité des créations saute aux yeux, fruit de l’histoire de l’archipel comme de sa géographie, au carrefour de l’Europe, de l’Amérique et de l’Afrique. Découvert par les Portugais en 1460, le Cap-Vert est progressivement peuplé et les colons font venir la main-d’oeuvre d’Afrique. La musique naît de cette rencontre entre deux continents. « Du Portugal, elle a hérité des instruments à cordes et de l’Afrique, des rythmes », explique Teofilo Chantre, une des voix cap-verdiennes renommées. Morna, coladera, batuco et funana sont les quatre principaux styles traditionnels. Ils expriment la joie ou la tristesse sur les rythmes lents, accompagnent le travail ou les rites. Teofilo Chantre a contribué à moderniser la morna et la coladera, en ajoutant des accents bossa-nova ou jazz. Lura, une jeune artiste cap-verdienne née au Portugal, très marquée par la soul, - renouvelle le batuco, musique des fêtes et des rituels religieux. Sa voix est douce et envoûtante, son chant profond. Relève toujours avec Mayra Andrade, dont l’album est un petit moment d’évasion où les styles traditionnels sont revisités, mêlant envolées jazz, afro ou brésiliennes.
L’arrivée de la musique cap-verdienne sur les ondes doit beaucoup à José Da Silva, le fondateur du label Lusafrica. Il a découvert Cesaria Evora, l’a lancée et la produit. Il s’occupe de Teofilo Chantre, de Tcheka ou de Bau. À Lusafrica, on trouve de nombreux jeunes artistes d’Afrique ou d’Amérique du Sud. Les raisons de ce succès ? « Je produis ce que j’aime, au fur et à mesure de rencontres, de voyages. C’est le coeur qui m’emmène », affirme-t-il. Il reste quelques jours pour partager ces coups de coeur, pour s’évader en musique, destination : Cabo Verde.

Paris. Place Saint-Germain-des-Près pour les animations et les concerts gratuits, à partir de 18 heures, jusqu’au 3 juin. Concert de clôture avec Teofilo Chantre, Mayra Andrade, Lura, Tito Paris et Gil Semedo au Bataclan (11e), dimanche 3 juin, de 18 heures à 22 heures.
Quelques références discographiques : Teofilo Chantre, Azulando (Lusafrica) ; Lura, M’bem di fora (Lusafrica) ; Mayra Andrade, Navega (Sony BMG).

Fabien Perrier
Article paru dans l'édition du 1er juin 2007.

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mardi, mai 08, 2007

Le Dindon n’est pas farce

Création locale de la Compagnie du Berger, le Dindon, de Feydeau, va être présenté à la Comédie de Picardie (Amiens) du 10 au 16 mai.
Parfois, avec « un Feydeau », le pire est à craindre. Des portes qui claquent, des acteurs qui se cachent dans les placards, des artifices vus et revus, et le tour serait joué. Le Dindon monté à Quend-Plage par la Compagnie du Berger échappe à ce travers. La compagnie ose. Elle s’est réellement approprié la pièce et en a fait un spectacle de trois heures, populaire et de qualité, où la salle ne voit pas le temps passer. Une volonté du metteur en scène, Olivier Mellor. Après avoir créé la Fleur à la bouche, de Pirandello (cinquante-cinq minutes), il avait « envie de quelque chose de plus long, de grivois, et de populaire dans le bon sens du mot ». C’est réussi !
Le public est en éveil permanent, sans cesse surpris par les chansons, respirations ajoutées au texte original, ou par les acteurs qui jaillissent de partout. On apprécie les duos qui fonctionnent bien, et plus encore la découverte des talents de certains comédiens : la palette de mimiques et la forte présence du bourgeois Crépin Vatelin (Stephen Szekely), les audaces vengeresses de sa femme Lucienne (Marie-Béatrice Dardenne), les déroutantes provocations de Maggy Soldignac (Françoise Gazio). Il y a dans cette création une fraîcheur bon enfant, et un air de vérité actuelle dans cette société d’apparences et de mensonges dépeinte par Feydeau.
Le pari n’était pas gagné. « Notre acte politique est d’avoir fait ce spectacle, grosse distribution de la saison, en région avec nos petits moyens », explique le metteur en scène. Au total, 26 intermittents amènent le public au théâtre pour le faire rire et réfléchir. Espérons que ce soit le premier pas pour une tournée.
Du 10 au 16 mai à Amiens (Comédie de Picardie).
Fabien Perrier
Article paru dans l'édition du 7 mai 2007.

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vendredi, avril 27, 2007

One-man-show où rock et rires font la paire

Spectacle. Ancien critique musical spécialisé dans le rock, Thomas VDB gagne les planches pour un one-man-show réussi.
Que peut bien cacher le one-man-show intitulé En rock et en roll ? Un one-man-show sur le rock, certes, sujet que peu d’humoristes ont osé affronter. Mais surtout, une heure et demie d’humour et d’autodérision par Thomas VDB. Ex-journaliste musical, Thomas Vandenberghe, de son nom de ville, a officié pendant sept ans dans différents magazines, comme Rock Sound ou Rock & Folk. C’est dire s’il maîtrise le sujet ! Au bout de quelques années, pourtant, la lassitude l’envahit. « J’avais l’impression de ne plus être pro », avoue-t-il. Alors, ce trentenaire relit ses notes et trouve l’idée de sa « reconversation » : créer un spectacle qui mêle ses deux passions, le rock et la comédie. Tout y passe. D’abord, dans la première partie, ce qui est rock et ce qui ne l’est pas. Il définit « son » concept : « le rock-quoi », où il classe Cali, Johnny Hallyday, Jean-Louis Aubert, etc. Puis arrive l’histoire du rock. Fan depuis vingt ans, il connaît un bon nombre d’anecdotes qu’il conte, en flirtant avec l’absurde. Les rires fusent dans la salle. Dans la troisième partie, la salle ne résiste pas à l’autodérision : ses souvenirs de journaliste qui a « planté » son interview, ou ceux de ses rencontres avec des hard-rockers dans des lieux et à des heures improbables, sa découverte du pop-louange « dans une atmosphère bisounours »... Point de censure, il n’épargne personne, et surtout pas lui-même. Ça fait du bien ! Et le public semble approuver, conquis par les gags que Thomas VDB enchaîne malicieusement. D’aucuns affirment que le rock est un sujet avec lequel on ne doit pas plaisanter. Thomas VDB démontre le contraire, et c’est tant mieux !
Actuellement en tournée, toutes les dates sur www.thomasvdb.com.
Fabien Perrier
Article paru dans l'édition du 27 avril 2007. (Page Web)

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samedi, février 03, 2007

Dominique A, le rêve, le rock et la mélancolie


Sur scène, l’attitude de Dominique A. est un mélange de rock, de rêve et de mélancolie. Un peu plus encore que dans l’album L’Horizon, sorti en 2006. Artiste à part, il a « la volonté de faire des chansons dignes » et il y parvient. En se refusant à flirter avec « l’entertainment », il recherche la qualité et propose un univers unique. Sans facilité, sans concession, il emmène son public vers d’autres horizons.
Votre dernier album, L’Horizon, dégage une forme de mélancolie. D’où vient cette mélancolie dans l’écriture ?
Dominique A. Dans ma vie de tous les jours, on ne m’attribue pas cette mélancolie. Mais dès que je monte sur scène ou que j’écoute de la musique, je vais dans cette tonalité. J’essaie, quand j’écris, de ne pas forcer « mon naturel » ! Je pars directement sur ces thèmes sur lesquels il y a toujours quelque chose à dire, de l’ordre soit du vague à l’âme soit de la pierre noire à broyer en soi ! Il n’est pas simple de parler du bonheur. Quand je veux exprimer des moments de joie, d’euphorie ou de bonheur dans les chansons, ça ne me paraît pas naturel. Et surtout, il faut être à l’aise physiquement avec ce que l’on chante. Je sais que sur scène, face à des gens, j’ai l’impression d’être en phase avec moi-même et, disons, authentique en chantant ce genre de chansons. Enfin, dès que je sors un peu de la mélancolie, je sens que je ne suis pas raccord avec le timbre de voix !

Quel rapport entretenez-vous avec l’écriture ? Par exemple, dans Rouvrir, vous écrivez « Toute ma vie je n’ai fait que rouvrir des portes claquées »... C’est vous ?
Dominique A. Si c’est moi, je ne le savais pas ! En fait, quand j’écris, j’essaie d’analyser de la façon la plus consciente possible ce que je suis en train d’écrire pour que la part autobiographique ne soit pas trop gênante à assumer. Même une chanson comme Rue des marais, qui est une espèce de projection, n’est pas purement autobiographique : j’essaie de faire en sorte que ce qui est vrai soit entremêlé avec de la fiction pour l’assumer quand je chante devant les gens.

Comment se fait le choix des chansons pour la scène ?
Dominique A. Le critère, c’est l’envie. Naturellement, on reprend les « nouvelles » chansons, en les retravaillant un peu. Pour les anciennes, c’est le plaisir qui nous guide. Parfois les musiciens proposent d’essayer tel ou tel morceau, une espèce de « vieux bidule » que j’avais oublié et qui, entre leurs pattes, sonnent comme quelque chose de nouveau. Il y a aussi les chansons auxquelles je tiens, celles qui me semblent mieux que les autres. Tout ce travail se fait au débotté, en période de répétition. Mais une fois qu’on a répété, le concert va assez peu évoluer.

Sur scène, vous semblez en véritable osmose avec vos musiciens. Vous travaillez depuis longtemps avec cette équipe ?
Dominique A. Il y a ceux avec lesquels je travaille depuis très longtemps : l’ingénieur du son, l’éclairagiste. Quant aux musiciens, je travaille depuis longtemps avec Olivier Mellano à la guitare, et depuis deux ou trois ans avec les autres, depuis cinq ans avec le régisseur. L’idée est de constituer une forme de bande non pas à mon service, mais à celui d’un projet commun, autour de la matière première que sont mes chansons. Ainsi, musicalement, la part de liberté et de créativité est assez forte. J’attends des autres qu’ils portent un regard différent sur les chansons, les amènent sur un autre terrain, et me sortent de mes réflexes. Je crois que c’est de là que vient ce sentiment que nous sommes heureux sur scène, ensemble. Et autour de la scène ! Pour moi, cette idée d’être une espèce de petite communauté humaine de 10 personnes qui partent faire les forains pendant deux mois est importante.

Le 6 février à Bonlieu Annecy, le 7 à Monbrison, le 8 à Grenoble, le 9 à Chambery...
Toutes les dates sur : www.commentcertainsvivent.com
CD : l’Horizon (Olympic Disk).

Fabien Perrier
Article paru dans l'édition du 2 février 2007.

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mercredi, janvier 17, 2007

La francophonie en musique

Festival . Découvrir la diversité de la musique nord-américaine francophone, tel est l’objectif des Déferlantes francophones.

Entretien avec Maurice Segall, capitaine de deux festivals appelés Déferlantes francophones. Si Chloé Sainte-Marie, Yann Perreau, Alain Lamontagne... ne sont presque jamais diffusés, ils sont de vrais artistes. Ils seront à Pralognan-la-Vanoise pour les Déferlantes francophones hivernales à partir du 16 janvier.

Comment définir les deux festivals des Déferlantes francophones ?
Maurice Segall. Même si l’un se déroule l’hiver à la montagne, à Pralognan-la-Vanoise, et l’autre l’été à la mer, à Capbreton, le concept est identique : la découverte et la promotion d’artistes francophones d’Amérique du Nord, malheureusement peu connus ici, bien que souvent reconnus de l’autre côté de l’Atlantique ! Ici, on entend presque toujours les cinq mêmes : Isabelle Boulay, Linda Lemay, Natacha Saint-Pierre, Céline Dion et Garou. Pourtant, il existe des dizaines d’artistes beaucoup plus intéressants, des sons nouveaux qui sont peu diffusés. Je veux les faire connaître. Ces deux festivals sont donc avant tout militants et politiques !

En quoi sont-ils politiques ?
Maurice Segall. Ils sont comme de petits moments de résistance ! En France, quand on parle de francophonie, il s’agit bien souvent de celle du Sud. Mais avec le développement de l’Europe par exemple, il est aussi intéressant pour les Français de voir ce qui se passe dans la francophonie d’Amérique du Nord. Ils sont 7 millions de francophones entourés de plus de 300 millions d’anglophones, à côté du grand voisin états-unien. Il est intéressant de voir comment ces francophones font vivre leur langue, comment, face au « rouleau compresseur américain », ils développent leur propre mode de vie et leurs propres valeurs. Les artistes viennent en quelque sorte raconter comment cela se passe chez eux.

Quelles sont les spécificités de la chanson francophone nord-américaine ?
Maurice Segall. Des artistes comme Pierre Lapointe, Dobacaracol, Les Cow-Boys fringants, Ariane Moffatt, ont une forme de fraîcheur et d’authenticité au niveau des paroles, leurs rythmes sont souvent nord-américains. C’est un drôle de mélange qui vient sûrement de ce qu’ils sont à la fois des Nord-Américains et des francophones. Daniel Boucher, Plume Latraverse ou Richard Desjardins sont de vrais poètes aux textes fabuleux. Mais ils ne chantent pas « à la française ». Ils ont leur accent, et les médias ne se privent pas de leur demander d’être « plus compréhensibles ». Je leur dis exactement le contraire car c’est leur culture. Ces auteurs et compositeurs phénoménaux mériteraient d’occuper un peu plus de place sur nos ondes. Au Québec, ils ont leur public et remplissent des salles ! Comme le marché québécois est tout petit, pour de jeunes artistes, c’est un peu compliqué. Ils auraient le choix entre chanter en anglais, donc être diffusés aux États-Unis, et chanter dans leur propre langue, en gommant leurs spécificités pour percer le marché français. Mais certains ne le font pas, comme Dobacaracol ou les Cow-Boys fringants qui chantent en québécois. Et ils ont réussi !

Ce sont des artistes de « la relève », la nouvelle scène québécoise...
Maurice Segall. La relève est un terme générique. Ça fait vingt ans que j’en entends parler ! Ce qui est intéressant, c’est la différence fondamentale entre le Québec et les autres provinces. Québec est une province avant tout francophone, alors que les autres provinces sont majoritairement anglophones. Dans ces provinces, la relève est donc beaucoup plus difficile à se mettre en place.

De jeunes talents parviennent-ils à pointer ?
Maurice Segall. Oui. Outre ceux déjà cités, Jean-François Moran, par exemple, vient d’obtenir un prix à Montréal. Sa voix et son univers sont étonnants. Ou encore Damien Robitaille, de l’Ontario, un bonhomme avec un potentiel de folie et de poésie ! Dans un autre style, Mes Aïeux, remplissent des salles de 2 000 personnes, jeunes. Or, c’est sur une base de musique traditionnelle. Et des nouveaux interprètes comme Chloé Sainte-Marie, qui chante de grands poètes québécois. La relève recouvre tous les styles, du rock à l’underground, du trad’ à la chanson. Ces artistes mériteraient d’être connus en France !

Et ils semblent plus engagés que la nouvelle scène française !
Maurice Segall. Ça vient du contexte. N’oublions jamais que les francophones sont très minoritaires au Canada ! Ce qui veut dire que dans leur vie quotidienne, leur langue peut être menacée : à Montréal par exemple, il est difficile parfois de se faire servir en Français. Les artistes retransmettent ces sentiments... Leurs textes sont fondamentalement indépendantistes.

http://www.pralo.info
http://www.deferlantes-francophones.com

Fabien Perrier
Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007
Ajout personnel de Calamar:
Maurice Segall est un homme qui fait beaucoup parler de lui. Invité régulièrement sur les ondes, cité par de nombreux artistes québécois, il est aussi très présent sur le Web (clic!).
Certains reprocheront qu'il n'y ait pas de photo de cette noble personne pour illustrer cet entretien. La raison est la suivante. Sur toutes les bases de données, il n'y en a qu'une en stock... Vous voulez la voir? Allez-y, c'est par ici!

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lundi, décembre 04, 2006

Quand la critique vient de l’intérieur... par le rire !



Émotion, rire et réflexion garantis à l’Européen (1). Le tout dans une ambiance entre cabaret et one-man-show on ne peut plus réussi. Que dire de plus ?
Parler de la première partie, d’abord : Eliott 1er prend le pouvoir. Très porté sur les textes, il entre en scène, seul avec sa guitare, et l’occupe aussitôt. Synthèse entre la chanson française et la pop, il parle du quotidien, de ce que certains privilégient (la Pose), ou de ce qui attire son regard (le String). Ses chansons livrent avec humour un regard sans concession sur nos comportements.
Puis vient le temps de la passation de pouvoir entre le 2e prix du trophée France Bleue 2006, Eliott, et un autre jeune premier, Francky O’Right. Eliott 1er qui parlait de son « doux » pays cède la place à un Américain. Dans le pur esprit cabaret, sans entracte, un enchaînement réjouissant.
Américain à Paris, seul en scène, mais tellement présent, Francky O’Right parle dans sa langue - mais reste complètement accessible. Il est dans le partage avec ses gestes, la musique et ses mots. Il instaure avec le public une relation complice. Comptez dix minutes et la salle, qui souriait, commence à rire, puis à se tordre de rire... en se demandant un peu - avouons-le - si son anglais sera suffisamment bon pour suivre. Oui il le sera ! Car dans le monde où il l’emmène, la gestuelle permet au spectateur de voir ce qu’il doit comprendre. Un peu Chaplin, un peu mime Marceau, Francky O’Right parle pendant plus d’une heure de son pays, the United States of America, et il va loin.
La personnalité de Francky O’Right y est pour beaucoup. À trente et un ans, il a écrit seul son spectacle. Celui qui, sur scène, incarne l’Américain a appris son métier à l’École du cirque, et il a participé à de nombreux spectacles de rue. C’est dire s’il sait se dépasser tout en se maîtrisant et en captant rapidement l’attention de son auditoire. Avec force et talent, qu’il parle du droit à la torture, cher à Bush, de l’Irak, ou il livre sa vision du monde et de ses pays, il porte une parole critique. Tout est fait pour permettre l’évasion et la réflexion, par le rire. Bienvenue au cabaret !


(1) Francky O’Right is Dead, du 5 au 31 décembre, à 20 h 30 (en première partie Elliott 1er), à l’Européen, 5, rue Biot, Paris 17e. Tél. : 01 43 87 97 13.

Page Web... cliquez ici !

Site de Francky O'Right: http://www.franckyoright.com
Site d'Elliott1er: http://www.elliott1er.com/
(Article paru dans l'édition du 1er décembre 2006)

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dimanche, novembre 26, 2006

Swingue...

Amis de la presse et des médias, Amis blogueurs, Amis surfeurs, Amis d'ici et d'ailleurs, c'est le week-end. Sur des airs variés, vous avez peut-être envie de vous divertir les oreilles. Ou alors, de les exercer.
Si vous voulez swinguer, écouter ça:



Oui, nos amis francophones d'Outre-Atlantique disent "swingue la bagaisse au fond de la boîte à bois" comme notre amie Framboise l'a fort justement signalé en d'autres lieux (très bien aussi d'ailleurs). Car j'avais mal compris (ou alors, j'imagine d'autres choses...): voilà ce que j'avais compris (par ici). Erreur réparée. Ah, c'est la magie de la communication interculturelle! Et pour vous aider à comprendre, vous pouvez aller voir là.
Mais tout ça, tous ces mots bizarres - pour nous, mais les notres ne le sont-ils pas pour d'autres? -, toutes ces chansons reprises en choeur et dansées même, toutes ces nuits fêtées, tout contribue là-aussi à se connaître, à tisser des liens avec nos voisins si lointains, si proches.
Alors, vous comprendrez que tous les ans, à la fin du festival, on ait tous envie de chanter à Momo et Framboise:


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